Délégationde Charente-Maritime

« S’insérer grâce au luxe »

Article du « Courrier français » édition Charente-Maritime

D’ici à la fin de l’année 2016, l’association Atout Solidaire espère lancer son projet pour le moins original : un chantier d’insertion autour de la customisation de vêtements haut de gamme.

Une partie de l'équipe d'Atout Solidaire.

publié en octobre 2016

Article publié avec l’aimable autorisation du Courrier français édition Charente-Maritime :

« Nous sommes prêts pour démarrer l’activité avant la fin de l’année. Mais le détonateur sera l’État. » Myriam Guignouard semble confiante. La présidente et les membres de la toute nouvelle association rochelaise Atout Solidaire – elle est née en août, grâce notamment au concours du Secours Catholique, et a officiellement été présentée à la presse le mercredi 28 septembre – ont déjà repéré des locaux dans l’agglomération rochelaise et espèrent s’y installer bientôt. Ils n’attendent plus que l’agrément que doit leur donner l’État pour lancer leur chantier d’insertion. Un chantier d’insertion très original puisqu’il proposera à des personnes éloignées de l’emploi de se réinsérer en « customisant [1] » des vêtements « invendus ou déqualifiés » de l’industrie du prêt-à-porter haut de gamme.

Pour la plupart des gens, le concept de « chantier d’insertion » reste synonyme de réparation de matériel électroménager ou de travaux agricoles. Mais pas de customisation de jupes, de chemisiers ou de gilets haut de gamme. À l’origine du projet d’Atout Solidaire, lancé il y a plusieurs mois déjà, Catherine Tastet a voulu casser les préjugés. Cette modéliste rochelaise a travaillé pendant plus de vingt ans pour des maisons comme Kenzo, Vanessa Bruno ou Louis Vuitton. Aujourd’hui, elle tient « à partager, à transmettre son savoir-faire » aux personnes en réinsertion. Huit salariés éligibles à Pôle emploi (demandeurs d’emploi de longue durée, bénéficiaires du RSA ou personnes en situation de handicap) devraient prochainement rejoindre la petite équipe d’Atout Solidaire.

« Nous faisons le pari de lever un a priori : celui d’amener des personnes qui ne sont pas forcément disposées à travailler dans ce domaine (la mode, ndlr) à apprendre directement des savoir-faire, tout en étant intégrées dans une équipe », explique Éric de Pommereau, consultant professionnel et secrétaire de l’association. Un pari d’autant plus difficile à relever que les ouvrières du monde de la haute couture sont souvent hautement qualifiées. « Mais tout le monde aura quelque chose à apporter », tient à rassurer Catherine Tastet. De toute façon, les huit salariés en réinsertion seront épaulés par des travailleurs sociaux qualifiés. Ils seront recrutés en CDDI (contrat à durée déterminée d’insertion). À terme, l’objectif de l’association sera de les amener vers un emploi durable.

Une boutique en ligne ?

Atout Solidaire a annoncé être en pourparlers avec des partenaires industriels qui lui fourniront sa matière première. Mais comme rien n’est encore signé, l’association préfère pour le moment garder leurs noms secrets. Elle prévoit toutefois de façonner « de 800 à 1 000 articles par an ». « Le panier moyen sur ces produits haut de gamme s’élèvera à environ 25 euros », estime Myriam Guignouard. Et comme chez les grands couturiers, « on souhaite mettre en place une à deux collections par an », ajoute Éric de Pommereau. Atout Solidaire, qui compte déjà une quinzaine de bénévoles actifs, veut ouvrir une boutique. Et pourquoi pas un site internet pour vendre ses produits en ligne.

« On a la ferme conviction que cela va marcher, commente Thérèse Lecroart, présidente du Secours Catholique de Charente-Maritime et membre du conseil d’administration (CA) d’Atout Solidaire. Nous ne sommes pas des doux rêveurs. Notre étude (de faisabilité, ndlr) a été très bien reçue et nous sommes soutenus. » « Nous avons tous beaucoup travaillé pour cela », ajoute le secrétaire. À en croire les membres du CA de l’association, l’obtention de l’agrément de l’État ne devrait donc pas poser de problèmes. « Rendez-vous pour l’ouverture », conclut la présidente de la petite structure.

Clément Vidal
Courrier français édition Charente-Maritime du 7 octobre 2016

[1] En retravaillant, en valorisant, en personnalisant.

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